Raisons et dangers de l’essoufflement en plongée

Want create site? Find Free WordPress Themes and plugins.
Les raisons et le danger
de l’essoufflement en plongée

L‘augmentation avec la profondeur (pres­sion) de la densité des mélanges gazeux respirés, à l’exemple de l’air comprimé qui atteint, à 37°C, une masse volumique de 7,9g/L à 60m au lieu de 1,13g en surface, accroit la résistance à leur écoulement dans les voies aériennes; résistance qui nous demande plus d’effort respiratoire, surtout l’expiration devant être forcée en faisant jouer les muscles intercostaux et surtout abdominaux pour vider l’air comprimé des poumons avec le soulèvement du diaphragme. Sinon impossible à l’expiration normale par la seule force élastique des poumons au relâchement des muscles respiratoires.

S’ajoutent en plongée les efforts respiratoires induits par:

Le détendeur qui, même bien réglé, exerce une résistance liée aux frottements de ses pièces pour déclencher l’inspiration et surtout pour expirer (environ 5 plus d’ef­forts). Presque deux fois plus importantes en recycleur en raison de la circulation des gaz via la cartouche remplie de chaux sodée qui fixe le CO2 expiré, et de l’ouverture /fermeture des val­ves unidirectionnelles;

Les poumons qui perdent leur souplesse en se gorgeant de sang, normalement dans les jambes sous l’effet de la pesanteur, qui afflue (blood shift) dans le thorax lors de l’immersion, aussi par vasoconstriction cutanée due au froid;

La compression thoracique par la combinaison, et de l’abdomen par la pression hydrostatique qui réduit le volume pulmonaire ;

L’augmentation des résistances à l’écoulement des gaz en raison de la bronchoconstriction (diminution du diamètre des bronches) réflexe au refroidissement et à l’assèchement des voies respiratoires par les gaz froids que nous respirons en circuit ouvert; gaz froids car à température ambiante moins 5 à 10°C de pertes liées au passage dans le détendeur.

L’augmentation du travail ventilatoire avec la profondeur (2,5 à 50m) favorise d’autant plus l’essoufflement1 que nous nous trouvons en relative insuffisance respiratoire à l’effort en plongée. Elle s’explique par la pression hydrostatique qui, avec le port de la combinaison, agit comme un bandage sur le thorax et comprime l’abdomen. En poussant une partie des viscères abdominaux vers le thorax, elle engendre une réduction d’environ 30% de notre volume expiratoire de réserve, et augmente l’effet espace mort alvéolaire responsable d’une rétention de CO2 produit par la respiration qui augmente à l’effort, l’exposition au froid (l’accroissement de la thermogenèse) ou avec le stress, la peur, l’anxiété, l’angoisse. Aussi parce que nous l’éliminons moins bien en plongée en raison de son écoulement turbulent dans les voies respiratoires avec la pression qui freine son élimination (-27% litre /s en plongée à l’air à 60m). Ce qui réduit la capacité à l’effort, et favorise l’essoufflement avec la profondeur.

La pression frein à l’élimination du CO2

Avec les efforts respiratoires multipliés par 1,7 à 40m, les frissons qui brulent (= chaleur) l’oxygène de l’air consommé avec le glycogène des muscles pour lutter contre le froid, et le détendeur qui augmente d’environ 50ml2 l’espace mort respiratoire, la plongée accroît la concentration sanguine en CO2 qui stimule la fréquence cardiaque et respiratoire avec un plus grand volume d’air pour l’éliminer tant bien que mal (CO2 sanguin > 45mmHg au lieu de 38 à 42mmHg normalement). Sa majoration à l’effort ou au stress augmente le risque d’essoufflement avec l’accélération de la ventilation, surtout chez les débutants qui sont plus sensibles à l’hypercapnie (l’excès de CO2). Les plon­geurs expérimentés beaucoup moins. Aussi en raison de leur respiration plus profonde (environ +20% du volume courant à 40m) qui contrebalance l’effet hypercapnique du ralentissement de la fréquence respiratoire (-7,5% à 40m) avec l’augmentation de la mas­se volumique des gaz respirés et donc de la pro­fondeur.

Réduire la profondeur
en première urgence

L’augmentation de l’hypercapnie avec la résistance respiratoire liée à la profondeur explique la plus grande sensibilité à l’essoufflement au fond que près de la surface lorsque le plongeur se trouve dans une situation de stress, à peur, est anxieux, angoissé, à froid ou amené à faire des efforts de palmage à cause du courant. D’où l’urgence face à un plongeur victime d’un essoufflement sévère, de réduire d’abord la profondeur qui contribuera à enrayer le phénomène, plutôt que les simagrées visant à le calmer au fond alors que son état s’aggravera inexorablement, faute d’être remonté suffisamment, avec tou­tes les chances que ça dégénère en noyade panique. Il serait tout aussi illusoire de penser pouvoir calmer un essoufflement en s’efforçant d’expirer profondément pour rincer l’air alvéolaire chargé en CO2. C’est tout le contraire que se produit car forcer l’expiration des gaz comprimés en plongée demande trop d’efforts aux muscles respiratoires qui ne font que majorer l’hypercapnie. Il faut, au contraire, s’encourager à respirer profondément pour beaucoup plus diluer l’air pulmonaire vicié.

Les efforts de palmage à contrecourant ne sont pas les seuls facteurs d’accélération de la ventilation déclenchant l’essoufflement. Il peut aussi survenir à l’arrivée au fond d’une descente rapide à défaut d’avoir expiré suffisamment pour éliminer le CO2 (normal, on expire moins d’air qu’on en inspire quand nous descendons rapidement… Mariotte oblige), et qui expose à la narcose par son action vasodilatatrice sur les capillaires cérébraux qui augmente la contamination des neurones par l’azote.

Les résistances d’un détendeur défectueux, mal réglé, d’une bouteille mal ouverte, l’air pollué avec un mal de tête comme premier symptôme… contribuent également à l’essoufflement. S’ajoutent le lestage excessif et la ‘stab’ trop gonflée, parce que trop lourd, qui est frein aux déplacements (résistance de frottement) avec toute la panoplie d’accessoires fièrement arborés qui dégradent tout autant l’hydrodynamisme, nous demandent plus d’effort pour se déplacer et nous exposent à un risque d’essoufflement élevé face au courant…

Son danger dans la panique ?
l’arrachage du détendeur…

Le danger de l’essoufflement d’un plongeur est une remontée panique à la surface par réflexe de survie devant la sensation d’étouffement qui le conduit à arracher son détendeur, comme en témoigne le réflexe de la main sur le détendeur que nous avons tous lors d’un essoufflement sévère. La noyade et l’embolie cérébrale par surpression pulmonaire en sont les risques majeurs. L’essoufflement est également un danger quand il survient à la remontée d’une profonde (35m) à contrecourant. Il est facteur d’accident de décompression car, non seulement, il perturbe les échanges alvéolocapillaires qui freinent l’élimination des gaz de la plongée, mais surtout en raison de l’hypercapnie l’ayant déclenché qui amplifie le grossissement des bulles à la remontée qui se gavent du CO2 dissout dans le plasma (7 à 10% du gaz issu du métabolisme), le reste transporté dans le sang sous forme hydratée (les bicarbonates HCO3¯) et combinée à l’hémoglobine (HbCO2), comme l’a détecté Paul Bert en 1878

F.RENÉ

_________

1.Essoufflement : respiration devenant superficielle en s’accélérant, car plus suffisamment profonde pour le renouvèlement complet de l’air.

2.Volume du 2e étage rempli de CO2 restant de l’expiration précédente que l’on réinhale à chaque ins­piration.

  • Article mis à jour le 14/02/2018
  • - Lu 5460 fois


  • Raisons et dangers de l’essoufflement en plongée
    4.5 51 votes

  • Vos appréciations 


  • Partagez cet article

    ©  LA PLONGÉE DANS TOUTE SA THÉORIE, 2018  − Tous droits réservés
    Reproduction intégrale ou partielle interdite, sauf à usage personnel
    Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.
    Votre commentaire