Plongée et début de grossesse : des risques ?

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Plongée et début de grossesse

Quels risques pour l’embryon?

Àdéfaut de fiabilité des études pour véritablement étayer les dangers de la plongée pour l’em­bryon, beaucoup de gynécologues et obstétriciens estiment les ris­ques trop limités pour justifier les mesures de prévention visant à interdire la plongée au début de grossesse. L’expérience sem­ble démontrer, en effet, l’absence de risque durant les quatre premières semaines de grossesse (= six semaines d’aménorrhée), comme c’est d’ail­leurs souvent le cas des mamans qui n’en ont pas été dissuadées ou parce qu’elles l’ignorent. Certains recommandent toutefois la prudence en matière de profondeur qu’il convient de limiter à 20m. Le risque de malformation congénitale, en particulier des membres, du rachis, du cœur et des gros vaisseaux, ne semble avéré qu’audelà du troisième mois.

Contrairement aux idées reçues, le dégazage de l’organisme de leur maman à la décompression (remontée à la surface) n’est pas un danger pour l’embryon. Car les bulles générées dans la circulation maternelle n’ont aucune raison de gagner la circulation fœtale qui n’est pas communication directe: les échanges gazeux et de nutriments ne se font qu’à travers le pla­centa –le poumon fœtal auquel il est relié par le cordon ombilical qui joue en quel­que sorte le rôle de filtre le protégeant de flux des bulles d’origine maternelle, comme l’ont démontré les études chez l’animal1.

Seul l’azote qui se dissout dans l’organisme du fœtus pendant l’immersion –via le sang maternel avec diffusion à travers le pla­centa pourrait être source d’embolie par dégazage à la remontée d’une plongée particulièrement saturante (durée/profondeur) en raisons des bulles circulantes qui ne sont pas toutes entrainées par le courant circulatoire vers le circuit extracorporel (circulation ombilicale) de la circulation fœtale, mais toujours dans la circulation systémique avec le risque de créer des bou­chons (embolies) responsables de malformations congénitales.

Et, contrairement à ce qui est avancé, rien ne démontre le danger d’hyperoxie en plongée, à fortiori nitrox, pour l’embryon ou le fœtus, comme en témoignent les mamans victimes d’intoxication au CO ayant nécessairement subi un traitement OHB de 90min d’O2 pur à 2,5ATA/bar, relevant d’une urgence vitale mais sans conséquence sur l’évolution de leur grossesse et qui accouchèrent d’un enfant nor­mal excepté les cas de morts fœtales liés au monoxyde de carbone. D’ail­leurs, aucune étude animale n’a montré d’effets adverses sur le fœtus (Cho and Yun 1982; Gilman 1983), avec des durées respectives de 20min à 3ATA, et d’une heure à 2,8ATA.

Des études génériques sans vraiment
révéler de risque en début de grossesse

Aucune étude sur la mortalité périnatale, les fausses couches, le retard de croissance intra-utérin, les accouchements prématurés ou les malformations n’a prouvé le lien avec la plongée. La plus importante, souvent citée en référence2, a été menée auprès de 136 femmes qui ont plongé pendant leurs grossesses: 38,7% au cours du 1ertrimestre uniquement, 41,4% au cours du 2etrimestre et 20% pendant le 3etrimestre. Elle révèle que 5,5% d’entre elles ont donné naissance à des enfants atteints de malformation qui n’a pas été observée chez les 72femmes qui se sont abstenues de plonger pendant leur grossesse. Une différence somme toute controversée par leur nombre limité, la nonprise en compte des différences de poids et d’âge, sans véritablement évoquer de risque de malformations dues à la plongée car assez proche des valeurs habituelles dans la population générale. Un avis que ne partage pas une enquête suisse du CHUV à Lausanne, récemment publiée dans le journal britannique de Médecine du Sport (BJSM), qui relève 1,3% de naissance d’enfants porteurs de malformations chez 466femmes ayant maintenu la plongée durant leur grossesse, dont 10,3% audelà du 1er trimestre. Mais aucun! parmi les 587femmes ayant suspendu la plongée pendant leur grossesse… si l’on se réfère à leur déclaration. Il y a de quoi s’interroger, car défiant toutes les statistiques de malformations congénitales (environ 2 à 3% des naissances). Il n’en demeure pas moins que l’enquête entre en contradiction avec l’étude de Susan Bengasser3 présentée à NAUI en 1978 qui ne relevait aucun cas de malformation liée à la plongée chez 72femmes interrogées ayant déclaré avoir plongé, en moyenne, jusqu’à une vingtaine de mètres de profondeur durant leur grossesse, 39% au cours du 1eretrimestre, et même après pour 20% d’entre elles.

… mais cela reste discuté

L’incidence de la plongée sur les risques en début de grossesse reste d’autant plus discutée qu’il n’en ressort rien de ses études génériques visant seulement à dénoncer un risque accru d’anomalies congénitales chez les femmes enceintes qui plongent. Mais sans préciser la période la plus risquée en termes d’exposition (dès les premières semaines de grossesse ou seulement après?), à quel rythme de plongée (seulement une fois par semaine, tous les jours pendant les vacances, qu’exceptionnellement?), ni à quelle profondeur il y a véritablement danger pour l’embryon ou le fœtus (audelà de 12, 20 ou 30m?). Si bien que tous les auteurs préconisent la plus grande prudence quand on ne parvient pas à s’abstenir de plonger dès l’annonce de la grossesse, comme le recommande l’Undersea and Hyperbaric Medical Society (UHMS), le Collège américain des obs­tétriciens et gynécologues ACOG ainsi que les organisations américaines de plongée. Une recommandation que partage Divers Alert Network (DAN), l’organisme de recherche médicale sur la sécurité et d’assistance des plongeurs. En France, elle signe une contreindication temporaire, mais abso­lue selon l’avis de la Société de Médecine et de Physiologie Subaquatiques et Hyperbares (MEDSUB­HYP), auquel s’est conformée la fédération FFESSM dans sa liste des contreincitations à la pratique de la plongée.

Donc, prudence…

La recommandation de ne pas plonger dès l’annonce de la grossesse est une précaution que la plupart des femmes respectent. Et même si cela arrive, comme c’est souvent le cas sans le savoir, qu’elles se rassurent en parcourant les témoignages de femmes qui ont plongé profond au cours du premier trimestre sans complication ni conséquence pour leur enfant. Finalement, les seuls risques sont pour la mère durant cette période car il existe une hyperémie des muqueuses de la sphère ORL qui est source de barotraumatisme au niveau du tympan… S’ajoute la crainte de nausées et vomissement pendant les plongées au cours des premières semaines.

F.RENÉ

_________

1.MargieE.Bolton, ArturoL.Alamo. Lack of teratogenic effects of air at high ambient pressure in rats. Teratology 1995.

MargieE.Bolton­-Klug, CharlesE.Lehner, Edward H.Lanphier, JohnH.G.Rankin. Lack of harmful effects from simulated dives in pregnant sheep. American Journal of Obstetrics & Gynecology 1983.

MartinJ.Nemiroff, J.RobertWillson, TomasH. Kirschbaum. Multiple hyperbaric exposures during pregnancy in sheep. American Journal of Obstetrics & Gynecology 1981.

2.MargieE.Bolton. Scubadiving and fetal well‑being : A survey of 208women. Undersea Biomed research 1980.

3.Susane Bengasser. Medical profile of the woman scu­ba diver, Proceedings of the 10th National Association of Underwater Instructors NAUI 1978.

  • Article mis à jour le 21/04/2017
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