L’organisation des secours

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Les principes généraux

de l’organisation des secours

Dans la zone littorale, l’alerte pour le sauvetage d’une victime d’un accident de plongée doit être donnée au centre régional des secours : le CROSS1 que nous contactons par VHF (canal 16 ou 70 en appel sélectif), obligatoire à bord des bateaux de plongée (art. A322‑78), ou en composant le 196 sur notre téléphone portable. Son rôle est de coordonner les secours avec le SAMU de coordination médicale maritime (SCMM au Havre, Brest, Bayonne, Toulon pour la façade méditerranéenne de Perpignan à Menton, et Ajaccio pour la Corse) qui,après s’être entretenu avec nous au cours de la communication, décide des moyens à engager et vers quel hôpital /caisson le plongeur doit être évacué, après avoir pris un avis consultatif auprès du médecin hyperbare de garde sur le secteur concerné, selon:

la gravité de l’accident qui peut nécessiter l’intervention d’une équipe médicale d’urgence (SMUR), comme c’est le cas devant toute symptomatologie cardiopulmonaire (détresse respiratoire, douleur thoracique, défaillance cardiaque, etc.). Sinon les secours sapeurspompiers (SDIS) au lieu d’accostage prévu;

la manœuvrabilité du bateau des plongeurs (si tous les plongeurs ont été récupérés, ou pas encore), et le temps qui lui faudra pour atteindre le lieu d’accostage le plus proche;

le temps estimé pour, ensuite, transporter l’accidenté aux urgences de l’hôpital du secteur, ou au caisson hyperbare devant les symptômes d’une embolie gazeuse, d’un bend ou d’un syndrome cochléo-vestibu­laire.

L’hélicoptère, par sa rapidité d’intervention, est le moyen privilégié d’évacuation des plon­geurs accidentés. Il est utilisé quand le bateau est non manœuvrant (palanquée à l’eau), à plus de 25min d’un lieu d’accostage d’où le transport au caisson demanderait, de toute façon, beaucoup trop de temps (plus de 30min), aussi du fait des encombrements routiers fréquents sur la côte en saison estivale.

L’hélicoptère dans certains cas

L’hélitreuillage n’intervient que dans environ 20% des accidents de plongée en Méditerranée grâce aux secours des hélicoptères EC145 (Dragon) de la Sécurité Civile à Cannes, Bastia, Ajaccio, au Luc, à Marignane et Montpellier; ou DauphinSP de la flottille 35F située sur la Base aéronautique navale (BAN) d’Hyères.

Il est plus souvent fait appel à l’hélicoptère pour la prise en charge du plongeur à l’arrivée à quai du bateau, ou sur une plage si semirigide, dans le cas où le transport routier au caisson demanderait beaucoup trop de temps (plus de 30min). Mais ce n’est pas si simple sans zone dégagée à proximité (3030m), comme c’est souvent le cas des lieux qui obligent le transport par VSAV (véhicule de secours) vers sa zone d’atterrissage ou à la DZ (l’hélisurface) de l’hôpital voisin. S’ajoute la contrainte de vol à moins de 1000pieds (300m /mer) visant à limiter la dépression due à l’altitude qui aggraverait l’embolie dont souf­frent les plongeurs victimes d’un accident de décompression, obligeant les détours le long du littoral pour rallier le caisson, comme dans le Var et en Corse.

L’ADD : une urgence médicale absolue

En cas de présomption d’accident de décompression (ADD), l’alerte doit être aussitôt donnée pour l’évacuation vers le centre hyperbare du secteur (à Perpignan, Marseille, Toulon, Nice et Ajaccio en zone Méditerranée) qui est une urgence absolue.

Il faut aller très vite et ne pas perdre temps pour ne pas majorer le délai de traitement OHB (en caisson) qui conditionne les chances de récupération sans séquelles d’un ADD (d’une embolie gazeuse), ou d’un AVC (embolie céré­brale) des suites d’une surpression pulmonaire. En Méditerranée, il faut compter 87min en moyenne après le déclenchement de l’alerte, le temps de remontée à bord de toutes les palanquées pour pouvoir manœuvrer le bateau, de son retour à quai /plage, de prise charge du plongeur accidenté par les secours, et de son transport.

L’examen clinique à son arrivée au caisson, complété d’une radiographie du thorax devant la crainte d’une embolie cérébrale dans un contexte de barotraumatisme pulmonaire (symptomatique ou non), d’un électrocardiogramme et d’un bilan sanguin, avec pose d’une VVP si besoin d’une réhydratation intraveineuse, permet d’affirmer le diagnostic pour les indications thérapeutiques (choix de la table pression /durée d’oxygénothérapie), et surtout d’éliminer une contreindication.

Le temps estimé pour un bilan complet est d’environ 90min.

En France, la séance de caisson dure 7h ou 7h25 (4h45 à l’étranger avec la table américaine de traitement des accidents de décompression à 2,8ATA) en comptant un premier palier de 30min à 4ATA (4bar) ou de 40min à 6ATA selon la table choisie, sauf en cas de:

Traitement tardif (> 6h), auquel cas à 2,8ATA /4h50;

Traitement préventif (2,5ATA /90min) en cas d’exposition à un risque comme la remontée rapide d’une profonde (35m) non compensée par la redescente + les 5minutes à miprofondeur, ou les paliers écourtés par une panne d’air, sans possibilité de les reprendre en moins de trois minutes, qui doivent être traités comme un accident de plongée, même en l’absence de symptôme (faussement rassurant car d’évolution imprévisible);

Traitement d’une embolie cérébrale (2,8ATA /4h50) des suites d’une surpres­sion pulmonaire, ou d’un bend (2,8ATA / 2h45).

Et ce, indépendamment de la plongée car c’est la pathologie –devant les symptômes d’une embolie gazeuse céré­brale /médullaire, d’un bend ou d’un syndrome cochléovestibu­laire et le temps qui s’est écoulé depuis leur survenue qui déterminent le traitement. Non ses paramètres (profondeur, durée, paliers) dont le médecin hyperbare n’a que faire, sauf pour le bilan statistique des accidents de plongée… n’en déplaise à ceux qui croient à l’importance de remettre l’ordinateur de la victime aux secours (avec le mode d’emploi!?), comme nous le demande la fiche modèle d’éva­caution, en ANNEXE  III‑19 du Code du Sport 2012, à l’idée que les plongeurs soient recomprimés en caisson selon leur plongée (profondeur et durée) pour faire sauter leurs bulles bouchons.

Le risque de non-prise en compte
“au sérieux” des premiers signes

En comptant sur une durée d’évacuation héliportée de 80min en moyenne en Méditerranée dès l’alerte donnée au CROSS, et sachant que la recompression d’un plongeur victime d’ADD doit se faire dans un délai 3h maximum pour les meilleurs résultats thérapeutiques, on mesure l’urgence de prévenir les secours aussitôt l’apparition des premiers symptômes. En règle générale, le délai est respecté (2h25 en moyenne au CHU Sainte Marguerite, à Marseille) si les secours sont alertés dans les 10min pour ne pas retarder l’évacuation vers le centre OHB (hyperbare) qui demande du temps. Mais ce n’est pas toujours le cas, notamment en raison de la nonprise au sérieux des signes avantcoureurs de l’accident qui sont sou­vent peu marqués au départ: une intense fatigue, un mal de tête, des picotements, un engourdissement obligeant à s’assoir, la sensation d’ankylose, les tremblements d’un bras, d’une jambe… que les plongeurs mettent sur le compte de la fatigue, étant donné que leur plongée s’est déroulée normalement, sans histoire (paliers respectés et vitesse de re­montée normale), loin de l’image qu’ils se font de l’ADD qui les affecterait beaucoup plus gravement. Au point de ne rien déclarer en pensant que ça va s’arran­ger:Je vais attendre, ça devrait aller mieux… Ce n’est rien…. D’où les retards dans l’alerte des secours qui dépasse 30min lorsque les plongeurs ne signalent pas les symptômes qu’ils sousestiment avant qu’ils n’empirent faute de traitement.

Déni de la réalité des symptômes

Un retard qui peut également s’expliquer par le refus d’acceptation de la réalité des signes d’un accident de décompression, comme c’est souvent le cas. Il est dû au phénomène psychologique de déni, à l’exemple du plongeur qui se sent anormalement épuisé, ressent des picotements, mais qu’il n’en parle pas, refusant d’admettre qu’il peut s’agir d’un accident. Il faut également être très vigilant lorsqu’un plongeur n’est pas tout à fait dans son état normal, montre des signes d’anxiété, mais affirme que tout va bien!

S’ajoute la difficile acceptation de la déclaration d’un accident en raison du cout moral et de l’enquête qui fait toujours suite pour déterminer les causes, ou la crainte de déclencher les secours de peur des conséquences d’une fausse alerte. Pourtant, on ne peut jamais reprocher d’avoir fait preuve de prudence

F.RENÉ

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1.CROSS à Gris-Nez pour la zone du Pas-de-Calais et de la Manche Est (jusqu’à la Mer-du-Nord); à Jobourg, du Cap d’Antifer au Mont-Saint-Michel; à Corsen, du Mont-Saint-Michel à la pointe de Penmarch; à Étel, de la pointe de Penmarch à la frontière espagnole (Atlantique); à La Garde, en Méditerranée secondé par Ajaccio la journée; à Fort-de-France pour les Antilles et la Guyane; au Port (Réunion) pour l’océan Indien.

  • Article mis à jour le 27/02/2018
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