Les limites de la plongée à l’air

Want create site? Find Free WordPress Themes and plugins.

Les limites de la plongée à l’air

Pourquoi les mélanges?

La plongée à l’air entraine une limitation de profondeur audelà de la­quelle le plon­geur s’expose à un danger en raison des ris­ques liés aux:

Troubles de la narco­se, risquant de survenir au-delà de 35-45m en raison de la forte teneur de l’air en azote;

Efforts respiratoires liés à la masse volumique ρ de l’air (1,14g/Là température corporelle, non 1,29g/L à 0°C comme souvent dans les calculs) qui, avec la pression (ρpression), surtout audelà de 50m, augmentent la sensibilité à l’essoufflement lors des efforts à con­trecourant, ou sous le coup de l’anxié­té, de l’angoisse de la profondeur, de la peur et du stress face à certaines situations;

Danger d’hyperoxie déclencheur d’une per­te de connaissance suivie de convulsions aux conséquences presque toujours mortelles en plongée (noyade) auxquelles nous sommes exposés audelà de 90m (PO2 > 2bar). Contrairement à ce qui est enseigné, la table NOAA nous montre que la plongée audelà du seuil hyperoxique de 1,6bar (70m) reste possible sans augmenter le risque d’exposition jusqu’à 2bar (90m) à condition d’une durée réduite à 30min (contre 120min à 1,6bar) et d’une seule plongée par jour. Les militaires l’ont parfaitement démon­tré avant l’utilisation des mélanges. Les plongeurs USNavy ont toujours les outils de décompression leur permettant d’envisager les plongées à l’air exceptionnellement profon­des: jusqu’à 90m /25min avec les tables USN 2012 ou l’ordinateur Cochran Navy AIR79. La menace hyperoxique ne semblait pas représenter de danger pour les corailleurs qui plongeaient à l’air jusqu’à 120m, tout comme nos amis allemands et belges qui, avant les mélanges, furent adeptes de ces plongées profondes dans les lacs en Allemagne, mais loin de la profondeur record des -150m atteinte en mars1994 à Nassau (Bahamas).

60 m dans les clubs en France

Compte tenu de ces risques, les clubs sont astreints par la législation française de limiter la plon­gée à l’air à 60m, à la différence des 40m tolérés partout dans le monde, sauf dans les centres agréés FFESSM (les SCIA) où les plongées plus profondes sont possibles. Cette différence s’explique en raison des plongeurs PADI, majoritaires dans le monde, aux prérogatives limitées à 40m (130pieds) pour les plus profonds d’entre eux (les Deep Diver), sauf les qualifiés TEC50 autorisés jusqu’à 50m (165pieds) en bibouteille ou sidemount avec emport d’un pony Nitrox (et d’O2 si besoin) pour la décompression de leurs plongées.

Notons que le Code du travail (art.2 de l’arrêté du14mai 2019) limite à 50m la plon­gée à l’air dans le cadre de la mentionA: les travaux sousmarins tels que les opérations de visite, d’entretien (dévasage, déca­page) et de génie civil (déroctage, soudage, découpage, levage, réparation, construction) sur les ouvrages en milieu maritime ou fluvial (écluses et barra­ges). Environ 80entreprises et 400person­nes sont concernées en France: les scaphandriers de Classe0 (12m), ClasseI (30m) et ClasseII (50m) dont 80% des travaux se limi­tent à 12m de profondeur, en narguilé, maximum trois heu­res par jour réparties au cours d’une ou deux plongées, toujours en combinaison chauf­fée dans une plage comprise entre 23 et 26°C. Audelà de 50m, il est fait appel aux ClasseIII qui plongent à l’Héliox avec système (caisson, tourelle) audelà de 90m et pour toute décompression supérieure à deuxcents minutes. Les travaux sousmarins à plus de 50m de profondeur sont toutefois exceptionnels en France, pour ne pas dire inexis­tants.

Les plongées à l‘air comprimé réalisées à d’au­tres fins que des travaux, qui relèvent de la mention B (arrêté du14mai 2019), sont également limitées à 50m depuis de 1juillet2019 (art.3), contre 60m auparavant, notamment dans le cadre de la photogra­phie /vidéo sous-marine, d’activités scientifiques, archéologiques, aquacoles, de sécurité (douaniers, policiers) et des secours.

Les mélanges
pour descendre plus profond

Les plongées audelà de 60m ne peuvent raisonnablement s’en­visager qu’avec des gaz diluants d’une masse volumique moins élevée que l’azote de l’air (79% de sa composition) et aussi moins narcotique, comme:

L’hélium depuis 1937 (-128m à l’épo­­que) en mélange binaire (Héliox) ou avec de l’air (Trimix) pour atténuer le syndrome nerveux des hautes pressions (SNHP) vers 150-180m à vitesse de descente normale (2530m/min), comme l’a expliqué Peter Bennett (Royal Navy) à l’origine du Trimix en 1974. En 1961, les tests effectués à une pression équivalente à -300m dans le caisson du GERS (le service de recherches sousmarines de l’armée, à Toulon), permirent de démontrer que cette profondeur pouvait être atteinte grâce aux calculs de décompression que mirent au point le PrBühlmann du centre médical hyperbare de l’Université de Zurich et un jeune mathématicien plongeur, Hannes Keller. Ce que confirmera la Marine nationale qui effectua en 1975 une plongée au Trimix à -307m en baie de Villefranche, la COMEX qui poussa jusqu’à -327m au Labrador, et l’US Navy qui atteignit -340m, en Atlantique. Une nouvelle étape expérimentale fut franchie en1977 au large de Cavalaire (Var) où des plongeurs de la Marine nationale et de la COMEX travaillèrent sur un chantier situé à 460m sous la surface, duquel ils ont poussé une pointe jusqu’à 500m.

En plongée autonome, Pascal Bernabé détenait depuis juillet 2005 le record de profondeur avec une plongée à 330m en une demiheure de descente… et plus de huit heure de décompression en comptant des paliers dès -265m (1 à 2min à cette profondeur) pour lesquels il lui fallut changer 26fois de bouteilles, dont pas moins de neuf blocs relais de 20 litres dans la zone des 70m.

En septembre 2014, un plongeur militaire égyptien, Ahmed Gamal Gabr, a battu son record de… 2m en mer Rouge, à Dahab au large de l’Égypte, avec quinze heures de décompression (soixantebou­teilles!) après une descente de seulement dou­ze minutes.

L’hydrogène depuis 1943-45 en mélange binaire (Hydrox) avec moins de 3% d’oxygène, et de l’hélium en mélange Hydréliox. Ces mélanges furent développés à l’idée de franchir la limite de profondeur d’effort ventilatoire de -450m au Trimix (l’équivalant d’une plongée à l’air à 72m), en tirant avantage de l’hydrogène plus léger à respirer que l’hélium deux fois plus dense, et moyennant la mise au point de tables de décompression spécialement adaptées en raison de sa plus grande vitesse de diffusion dans les tissus (1,4fois plus rapide que l’hélium), et de sa solubilité différente. Les expériences menées depuis 1983 par la COMEX (-91m à l’époque) ont validé les avantages du mélange respiratoire Hydréliox en atteignant la profondeur record de -534m dans la fosse de Cassidaigne au large de Marseille (Hydra Ⅷ, 1988), et de -701m lors d’un séjour de trois jours en caisson (Hydra Ⅹ, 1992) durant lesquels a été expérimenté un travail de trois heures en immersion dans la partie noyée de l’enceinte, suivi de vingttrois jours de décompression. Elles ont permis de mettre en évidence les difficultés d’intervention de l’hom­me à plus grande profondeur du fait de l’exposition à un syndrome nerveux plus inquiétant que le SNHP: la narcose à l’hydrogène agissant comme le LSD ou la mescaline, un psychotrope hallucinogène puissant…

Il n’a jamais été utilisé hors expérimentation en raison de sa manipulation délicate qui ne tolère aucune négligence, car extrêmement inflammable et dangereux: c’est l’explosion garantie en cas de gonflage avec trop d’oxygène (> 4%)

 

 

F.RENÉ
  • Article mis à jour le 22/08/2019
  • - Lu 12268 fois


  • Les limites de la plongée à l’air
    4.4 73 votes

  • Vos appréciations 


  • Partagez cet article

    ©  LA PLONGÉE DANS TOUTE SA THÉORIE, 2018  − Tous droits réservés
    Reproduction intégrale ou partielle interdite, sauf à usage personnel

    Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.
    Votre commentaire