S’entrainer à l’apnée dans quel but ?

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L’apnée pour plonger

s’entrainer dans quel but?

La FFESSM a édicté les règles techniques propres à l’ap­née avec plusieurs niveaux d’encadrement, de l’initiateur au monitorat. À partir de l’initiateur, tous les cadres de plongée (E1, E2, moniteurs fédéraux et diplômés d’État) sont reconnus par équivalence comme Apnéiste/IndoorFreediverCMAS* (en piscine) et InitiateurEntrai­neur Apnée Niveau1 (IE1) sous réserve d’obtention du RIFAA (brevet de secourisme spécifique à l’apnée) pour enseigner l’apnée jusqu’à une profondeur de 6m, et assurer les fonctions de Gui­de de randonnée subaquatique: l’enca­drement d’un grou­pe de huit personnes maxi­mum pour une découverte guidée de la faune à faible profondeur. Toutefois, il leur est conseillé de suivre une formation afin d’acquérir les compétences nécessaires à l’exercice d’entraineur apnée qui ne s’improvise pas, aussi dans l’intérêt d’obtenir le RIFAA. C’est l’objet de la journée de formation passerelle que la commission d’apnée des Comités départementaux (CODEP) organise à leur intention avec délivrance de la carte IE1 et RIFAA.

Compétences à développer
chez les encadrants E1 à E4

Ces journées passerelles ont pour objectif l’apprentissage des connaissances théoriques et pratiques pour former les plongeurs à l’apnée comprenant, l’après‑midi en piscine, les techniques de sauvetage sur les apnéistes conduisant à la délivrance du RIFAA. S’ajoutent des compétences pédagogiques et organisationnelles pour être en mesure d’adapter les séances d’apnée, de l’initiation au perfectionnement, en fonction du public et de son besoin, selon qu’il s’agit du travail d’apnée pour la plongée bouteille, de l’entrainement pour l’apnée et l’épreuve RSE jusqu’à -10mpour le moment suspendue de l’examen Niv.4 et MF2, pour l’épreuve du mannequin, ou de la formation visant la délivrance du brevet d’Apné­iste/IndoorFreediverCMAS* permettant d’évoluer en autonomie (entre apnéistes) en piscine. À la différence, la délivrance du brevet d’apné­iste vers l’autonomie en milieu naturel (OutdoorFreediverCMAS*) relève des seules prérogatives de l’encadrant IE2 ou des moniteurs professionnels de plongée.

Pourquoi s’entrainer à l’apnée
pour la plongée bouteille

La question de l’apnée se pose seulement en vue de la sécurité du plongeur face à des situations comme le lâcher/reprise d’embout pour donner de l’air qui entraine une apnée de l’ordre de 10s le temps des échanges, ou le temps de récupérer son détendeur –parfois en apnée expiratoire arraché avec le masque par un coup de palme inopiné d’un autre plongeur, comme cela est arrivé à l’auteur (et à bien d’autres plongeurs…) à plus de 40m sur un tombant. Les exercices d’apnée ont aussi pour but de repousser le seuil de tolérance à la situation stressante de la panne d’air qui engendre une hypercapnie (accumulation du CO2 dans le sang) donnant trop l’envie de respirer le temps de récupérer de l’air auprès d’un coéquipier, ou d’intervention de l’encadrant.

L’apnée permet également aux plongeurs débutants de surmonter le stress d’immersion influant sur leur respiration, forcée dans le volume de réserve inspiratoire, qui justifie leur surlestage d’environ 2,5kg (chez l’adulte masculin de taille moyenne) pour contrer la flottabilité de leurs poumons trop remplis à défaut d’expirer suffisamment, normalement; une insuffisance expiratoire qui est aussi la cause de leur essoufflement au moindre effort ou à la suite d’une émotion. Un défaut qui se corrige avec le temps et l’expérience, certes, mais beaucoup mieux en comptant sur des séances d’entrainement à l’apnée avec immersion seulement en phoque pour forcer l’expiration. Et en s’efforçant de se délester des kilos superflus en plongée bouteille, par paliers de 500g ou d’1kg, afin de s’obliger à expirer normalement, non plus jouer sans cesse avec sa stab (avec tout l’air que ça con­somme…) parce que trop lourd pour parvenir régler normalement la flottabilité au poumon‑ballast.

La sécurité et la maitrise
de la ventilation du plongeur

Fort de ce constat, on ne serait trop souligner l’importance dans la formation du plongeur débutant d’alterner les séances de plongée avec une préparation spécifique à l’apnée à faible profondeur (3m) pour la maitrise de sa ventilation en plongée, et sa sécurité en cas de panne d’air; une préparation trop souvent négligée: qu’en fin de séance lors des créneaux piscine, sans jamais travailler l’apnée expiratoire –celle qui, pourtant, permet de maitriser notre flottabilité et la vitesse de remontée! ni hypercapnique en vue de tenir une apnée à l’effort ou dans le stress de la panne… Cette négligence est responsable des plongeurs devant jouer sans cesse avec leur stab à défaut de tenir suffisamment longtemps les temps d’inertie du poumon‑ballast, surtout expiratoire, influant sur leur consommation d’air. Aussi liée à leur effort pour se déplacer en raison de leur surlestage et du frottement de leur stab trop gonflée qui oppose plus de résistance dans l’eau… avec tout ce qui pendouille dans la panoplie d’accessoires fièrement arborés sans se soucier du profil hydrodynamique. Un lestage qui, en outre, déséquilibre la nage à cause de lourde ceinture de plombs portée à la taille alors que la poussée d’Archimède de la stab s’exerce au niveau du thorax.

Ce travail d’apnée préparatoire à la plongée en bouteilles se perfectionne au Niv.2 dans l’objectif du maintien d’une apnée inspiratoire/ expiratoire le temps du déplacement sur une distance d’une dizaine de mètres qui est demandé pour chercher de l’air sur le second détendeur d’un plongeur; une compétence qui s’évalue avec un plongeur immergé à 3m qu’il faut rejoindre en apnée après l’effort –sans récupération d’un 50m capelé stab’ vide pour simuler l’hypercapnie générée par le stress de la panne d’air.

Les épreuves d’apnée
et mannequin des futurs encadrants

Pour les futurs encadrants, la faculté de tenir une apnée assez courte après un effort de nage, comme pour secourir une personne qui se noie, fait toute la différence avec les séances classiques d’en­traînement à l’apnée visant seulement l’amélioration des performances en durée et en profondeur, non la tolérance à l’hypercapnie induite par l’effort de nage ou le stress. S’entraîner à l’endurance en ap­née, mais jamais expiratoire (immersion en phoque), ni après l’effort de nage, ni en réduisant les temps de récupération, n’est d’aucun bénéfice pour la préparation à l’épreuve chronométrée du mannequin qui, après un 100m PMT (en palmes), réclame 20s d’apnée en déplacement entre 4 et 6m pour le Niv.4, entre 2 et 6m pour l’initiateur, avant de prendre une bouffée d’air (10s max) pour le ramener en surface et le remorquer sur une distance de 100m. À la différence de l’épreuve mannequin MF2 qui se déroule sur un fond de 10m après 200m de nage PMT.

L’entrainement visant à reculer le seuil de tolérance à l’hypercapnie est aussi une préparation au stress de l’épreuve d’apnée à 10m à l’examen Niv.4, 15m au MF2; épreuve qui, en réalité, oblige à descendre un peu plus profond pour se stabiliser face au jury à ces profondeurs afin de lui communiquer son numéro de candidat avant de remonter, sur signe de celui‑ci, jusqu’à la zone des 3 à 5m où l’arrêt est demandé pour marquer un le tour d’horizon avant l’arrivée en surface. Dans ces conditions, une apnée correcte, sur un fond de 12m pour raison de sécurité au Niv.4, dure entre 30 et 45secondes.

Non une fin en soi…

Ces justifications démontrent que l’apnée chez les plongeurs bouteille n’est pas une fin en soi. Elle se justifie en vue de faire face à une panne d’air dans l’attente d’assistance, de préparation aux épreuves de certains examens, et pour corriger la respiration trop profonde du débutant stressé par l’immersion qui l’oblige à se surlester, le rendant trop lourd pour qu’il puisse régler sa flottabilité et sa vitesse de remontée au poumon‑ballast et non par le jeu de la stab’.

Pour ces raisons, les séances d’apnées ne doivent surtout pas avoir comme seul objectif le travail d’endurance, après un temps de préparation, ou 3 à 4min de récupération (pour l’élimination du CO2 et de l’acide lactique produits par l’apnée précédente), car seulement bénéfique aux apnées de plus en plus longues et profondes en mer. La différence en plongée bouteille est qu’il est demandé de pouvoir gérer une apnée sans délai et dans une situation de stress que représente le caractère inopiné d’une panne d’air conjuguée au palmage pour réclamer de l’air dans l’urgence.

Bases de l’entrainement

Ces aptitudes requièrent des séances d’entrainement à l’apnée hypercapnique. Elles visent à augmenter la tolérance de l’organisme au gaz carbonique, issu du métabolisme, qui stimule l’envie de respirer dans le stress de la situation ou l’effort. Le travail, toujours après 200 à 300m d’échauffement en nage PMT pour la mise en condition de l’organisme, est basé sur l’enchainement plus ou moins important d’apnées, tout en veillant à réduire, au fil de la progression, les temps de récupération entre chacune d’elles.

Exemple:

4 à 6 30" d’apnée avec 40 puis 30" de récupération;

4 à 10 25m d’apnée/25m de recup. surface active en nage souple de 40 à 30";

4 à 10 1 à 2' d’apnée statique avec 20" de récupération.

Des séances auxquelles s’ajoute, à l’approche de l’épreuve mannequin, le travail d’apnée de 20secs sans arrêt récupéra­toire après les 100m de nage chronométrée, en combinaison avec cagoule et lestage pour le Niv.4 ou l’initiateur en milieu naturel, car obligatoires à température d’eau <18°C lors de l’examen. Il s’agira de régler la vitesse de nage afin que celle‑ci ne soit pas trop rapide pour permettre la tenue de l’apnée avec la capacité d’enchainer 3 à 4 fois l’exercice, départ tou­tes les 4min.

Le travail d’apnée expiratoire, fondamental chez le plongeur débutant, consiste à lui demander de maintenir une apnée de 10 à 15secs à très faible profondeur après une expiration quasi complète2 et rapide, à commencer en surface, sans appui, comme sur la photo ci‑dessus, pour l’aider à prendre con­fiance en lui. Ce travail vise au maintien d’une apnée expiratoire suffisamment lon­gue, comme le démontrera sa capacité à s’immerger en phoque en apnée pour aller simplement s’assoir au fond à 3m, voire 5m maximum, et remonter aussitôt après.

L’entrainement à l’apnée expiratoire est tout aussi essentiel à la préparation de l’épreuve de remontée sans embout (RSE)pour le moment suspendue du Niv.4 qui s’effectue en pas moins de 40secs, sinon éliminatoire, d’une profondeur de 25m (fond ou pleine eau), sans délai de départ au signal du jury, avec obligation d’un arrêt franc à 10m pour la remise en bouche du détendeur (éliminatoire si dépassement de plus de 2m). Dans cet objectif, l’entrainement consiste tout d’abord à réaliser au sec des expirations continues, bou­che ouverte, pendant au moins 40secs pour parvenir à doser l’expiration. Et ce, avant la mise en pratique sur des longueurs d’apnée de 25m en piscine que nous devons être capables d’enchaîner ainsi plusieurs fois avec un faible temps de récupération, et sur des remontées avec scaphandre afin d’ajouter l’ef­fort de palmage et l’utilisation du gilet à la difficulté de l’exercice.

Conditions de pratique en club

Les conditions d’hygiène et de sécurité définies par le Code du sport pour la plongée (art.A322‑81 et Ⅰ.de l’art. A322‑78) valent également pour la pratique de l’apnée en club, sauf lorsqu’elle se limite à 6 m de profondeur. Auquel cas, il n’y plus obligation d’un ensemble d’oxygénothérapie sur le site d’activité, mais seulement d’un moyen de communication pour alerter les secours avec les fiches d’évacuation à leur intention (art.A322‑101). C’est notamment le cas la randosub (promenades en palmes, avec mas­que et tuba, snorkeling chez les Anglo‑saxons) que les centres de plongée organisent au sein de sites spécialement aménagés en zones interdites à la navigation et peu profondes pour le plaisir de la famille ou entre amis. Des groupes que les Guides de randonnée IE1 encadrent dans une démar­che purement de loisir avec la possibilité d’apnées à faible profondeur pour la découverte de la faune sous‑marine.

Bien qu’il semble superflu de porter une combinaison pour ces balades se déroulant en eau chaude, elle apparait malgré tout comme une sage précaution contre les coups de soleil. De graves brulures du cou majorées par la réverbération ont été observées chez les imprudents, car même immergés, nous subissons l’exposition aux UV que l’eau amplifie jusqu’à 25cm de profondeur. La plus simple des protections est un top néoprène ou une souris de petite épaisseur (1 ou 2,5mm), un lycra ou tout simplement un teeshirt. Sans oublier la crème solaire warterproof pour les zones non protégées.

F.RENÉ

_________

1.Niveau1 (découverte) et 2 (perfectionnement) d’ap­née délivré par le club –via la FFESSM pour l’édition de la carte pour pratiquer l’apnée en autonomie, entre apnéistes, sans forcément un encadrant, jusqu’à 6m de profondeur, les mineurs accompagnés par un de leurs tuteurs légaux en milieu naturel, sous la responsabilité d’un directeur de séance IE1 min.

2.Pour des raisons de sécurité, il est préférable de réaliser des apnées en gardant peu de réserve expiratoire.

  • Article mis à jour le 18/09/2017
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  • Les accidents de déco possibles EN APNÉE

    Les apnéistes sont également sujets aux accidents de décompression vasculaires cérébraux (pas d’atteinte médullaire). Avec comme symptômes des vertiges, nausées, paresthésies, faiblesses musculaires ou paralysie, ils caractérisaient les accidents de taravana (littéralement tomber fou) chez les pêcheurs de perles (nacre) des iles Tuamotu (Polynésie) jusqu’au déclin de l’exploitation en apnée avec démarrage de la perliculture dans les années 60. Ils en étaient victimes en raison des effets cumulés de leurs apnées d’1min30s en moyenne pour le ramassage de la nacre perlière qui leur demandait jusqu’à cinquante apnées chaque jour, au rythme de 8 à 10 par heure, jusqu’à 30 ou 40m de fond qu’ils atteignaient en étant entrainé par un plomb de 5kg relié à la pirogue, et ce pratiquement un jour sur deux pendant la période de récolte, d’avril à juillet.

    Aujourd’hui, nous savons que les symptômes apparaissent après 3h30 à 4h d’entrainement apnée à des profondeurs dépassant les 30m lorsque les intervalles de surface sont insuffisamment longs pour la désaturation suffisante des tissus en azote de l’air pulmonaire qui se dissout dans notre organisme sous l’effet de la pression. DAN (Diver alert network), l’organisation médicale, de recherche et d’assistance des plongeurs, recommande une durée de récupération entre chaque apnée au moins deux fois plus longue que l’apnée en elle même, trois fois plus pour les plus profondes.


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    1. Je découvre un ouvrage passionnant

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