Effets et dangers de la narcose

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Les risques de la narcose

ses effets qui échappent à notre contrôle

Il existe une profondeur qui expose au risque de narcose sous les effets toxiques de l’azote sur notre système nerveux qui entrainent des troubles du comportement, de la coordination neuromusculaire et un ralentissement mental, comme l’a décrit Albert R.Behnke en 1939, médecin au centre expérimental de plongée USNavy (NEDU). Un personnage remarquable, reconnu comme l’un des pères de la physiologie & médecine de la plongée moderne, qui fut, entre autres, le premier à étudier ses effets variables selon les personnes, aussi en intensité.

Des troubles de l’idéation avec déficit de l’attention (distractibilité), perte de vigilance, la difficulté de con­centration sur les objectifs prioritaires de la plongée (durée et profon­deur), la diminution des facultés mentales;

Des troubles de mémoire immédiate qui se perçoivent chez les plongeurs qui regardent sans cesse leur ordinateur;

Un rétrécissement du champ visuel (vision en tunnel);

Une désorientation spatio-temporelle qui est une menace pour la gestion de l’autonomie par la distorsion produite sur la perception de l’écoulement du temps, et des repères pour s’orienter;

Un détachement du monde extérieur. Le plongeur se replie sur luimême, ne s’intéresse plus à son environnement, se coupe des autres;

Des troubles perceptifs avec illusions ou de véritables hallucinations, comme le cas de ce plongeur qui se jette sur un camarade de palanquée perçu comme un agresseur lors d’un exercice d’assistance à 40m, avant de pren­dre la fuite avec une remontée panique devant l’intervention du moniteur (scène dont a été témoin l’auteur, NDLR);

Un ralentissement psychomoteur comportant une lenteur, comme en témoignent les longs délais de réponse aux échanges de signes avec la personne suspectée narcosée;

Des troubles de la dextérité et de l’exécution des mouvements rapides qui expli­quent la maladresse et les tâtonnements du plongeur narcosé éprouvant des difficultés à agir sur l’inflateur de sa ‘stab’ pour la gonfler/dégonfler;

Des troubles de l’humeur (euphorie, anxiété, repli sur soi, irritabilité) qui se manifestent souvent par l’euphorie pouvant entrainer des comportements aberrants et dangereux tout comme l’ivresse. Mais ce n’est pas toujours le cas. La narcose peut entrainer des changements d’humeur très différents selon les personnes et les circonstances, comme ce plongeur isolé du groupe que nous surprenons à descendre plus profond sous l’emprise de la narcose, qui se montre profondément irrité de devoir remonter devant notre insistance. Il est aussi des cas, comme l’auteur, chez qui la narcose provoque une bouffée d’angoisse avec risque de noyade à la suite de l’essoufflement panique provoquée; inévitable si nous n’a­vons pas conscience de l’origine (la narcose) qui nous incite aussitôt à remonter d’une dizaine de mètres, calmement, pour régler le problème.

Un seuil de tolérance variable

Il y a risque audelà du seuil de tolérance nerveuse à la pression d’azote PN2 estimée autour de 3,5bar chez les plongeurs les plus sensibles dont certains peuvent même ressentir les premiers effets à 30m à l’air, sinon audelà de 3545m généralement. La zone limite de profondeur dépend de la personne et de son expérience des plongées profondes, mais aussi très variable selon le jour du fait de l’anxiété, l’appréhension de la plongée, l’obscurité, la turbidité de l’eau et la fatigue qui exercent, avec l’effort et le froid, un effet profond sur la susceptibilité à la narcose. Rien n’est constant. Un plongeur qui a été narcosé à 40m ne le sera peut-être plus jamais avant 60m, alors qu’un autre qui n’a jamais rien ressenti jusqu’à 80m pourra en subir un jour les effets à 47m.

Tout comme certains médicaments contre les allergies ou le mal de mer (les amphétamines, antihistaminiques et antinaupathiques), il est certain que la narcose se voit aussi favorisée par l’alcool, mais paradoxalement moins chez les gros buveurs qui tiennent mieux l’alcool, comme l’ont démontré les études123. Prudence, donc, même le lendemain d’une soirée bien arrosée dont l’auteur peut témoigner des effets sur sa personne lors d’une 40 le matin où il était jury d’examen P4.

Des mélanges moins riches
en azote pour réduire la toxicité…

Un mélange respiratoire moins riche en azote est le moyen de limiter l’exposition à ses effets narcotiques audelà de 40m qui apparait com­me limite raisonnable de la plongée loisir à l’air, tout au plus 50m pour les professionnels de la photo/vidéo sousmarine, ainsi que dans le cadre des activités scientifiques, archéologiques, aquacoles, de sécurité et de secours, selon l’Agence nationale de sécurité du travail (Anses).

Même si la plongée à l’air est, malgré tout, autorisée jusqu’à 60m dans les clubs en France, cela ne signifie pas, pour autant, que la pression d’azote dans les mélanges confectionnés pour les plongées plus profondes puisse être aussi élevée que la limite des 5,6bar tolérée à l’air4. Les plongeurs trimix veillent à ce qu’elle se limite à 3,5bar au plus profond de leur plongée, soit l’équivalent d’une profondeur narcotique de 34m à l’air, guère davantage (PN2<4bar, 40m à l’air) en raison du ris­que de narcose auquel ils s’exposeraient autrement. Pour autant, sans intérêt de le supprimer en raison de l’hélium (son remplaçant) qui coute cher. Aussi en raison du Syndrome nerveux des hautes pressions (SNHP) qui guette le plongeur vers 150180m à vitesse de descente normale (2530m/min), sans gaz narcotique (azote) dans son mélange respiratoire. Il provoque un tremblement des mains, des pieds, une maladresse dans ses gestes (incoordination motrice), des problèmes de concentration et une baisse de vigilance.

Le danger des effets induits
dont nous n’avons pas conscience

Le danger est que nous n’avons pas cons­cience des troubles entrainés par la narcose quand, à un certain moment, nous ne som­mes pas alertés par les signes précurseurs qui motivent la remontée, sans délai, d’une dizaine de mètres pour que tout rentre dans l’ordre. D’où le rôle capital du (ou des) coéquipier(s) pour nous y con­traindre quand nous nous retrouvons déconnectés de toute réalité des symptômes. Sou­vent sans ménagement compte tenu de la contrariété que nous éprouvons à défaut d’en justifier le besoin. Il est normal, au retour en surface, que notre première réaction soit le déni de situation lorsque l’encadrant ou un coéquipier nous explique les raisons, sans pour autant s’étonner de n’avoir aucun souvenir de ce qui s’est réellement passé au fond, et pour cause: l’amnésie due à la narcose, tout comme l’abus d’alcool.

Vers une meilleure tolérance
avec l’expérience des “profondes”

L’expérience des plongées audelà de 35m à l’air permet une meil­leure tolérance aux effets toxiques de l’azote à l’image de la consommation d’une drogue comme l’estimait Jacques-Yves Cousteau. À la différence que la narcose à l’avantage sur l’ivresse de l’alcool ou des stupéfiants de n’avoir pas de suite: dès que le plongeur intoxiqué remonte de quelques mètres, son cerveau s’éclaircit, il n’y a pas de cruel ‘lendemain matin’ faisaitil remarquer dans son livre Le Monde du silence, publié en 1953.

Si la susceptibilité individuelle peut être rapprochées de celle à l’alcool, certains tenant mieux la narcose que d’autres, nous ne pouvons par adhérer à l’idée que l’exposition répétée à une pression élevée d’azote puisse repousser les limites de profondeur à l’image de la consommation d’alcool qui augmente le degré de tolérance. La différence est que le plongeur coutumier des plongées profondes compense, dans une certaine mesure, les effets narcotiques de l’azote en restant concentré sur le runtime de sa plongée, c’estàdire de son déroulement prévu minute par minute, pour ne rien oublier et s’y tenir sans se laisser distraire. Et ça marche… à condition, com­me l’alcool au volant, d’aucun imprévu ou contrariété, outre le risque de déclencher un essoufflement mortel (no­yade) par le stress provoqué audelà des limites raisonnables de profondeur. C’est ainsi que les corailleurs descendaient à l’air, en solo, à plus de 80m, comme toujours en Afrique du Nord, que nos amis belges et allemands s’aventuraient jusqu’à 130m dans les lacs en Allemagne avant le trimix

F.RENÉ

_________

1.B. Fowler, K. Hamilton, G. Porlier, Effect of ethanol and amphetamine on inert gas narcosis in humans. Undersea Biomed Res.1986.

2.E.Michalodimitrakis, A.Patsalis, Nitrogen narcosis and alcohol consumption.Forensic Sci.1987.

3.M.Hobbs, Subjective and behavioral responses to nitrogen narcosis and alcohol. Undersea Hyperb Med.2008.

4.En plongée à l’air à 60m (7bar), la pression de l’azote respiré vaut × 7 fois sa teneur dans l’air comprimé arrondie à 80%, soit 7 × 0,8 = 5,6bar.

  • Article mis à jour le 22/09/2017
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  • Effets et dangers de la narcose
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  • Vos appréciations 
  • EFFETS DE L’AZOTE sur le système nerveux

    L’azote est très soluble dans les lipides des membranes des neurones (cellules de notre système nerveux) et dans la gaine de myéline (substance graisseuse de couleur blanche) qui isole leur axone transmetteur des influx nerveux, à la manière des fils électriques, vers d’autres neurones ou l’organe innervé (un muscle par exemple) à travers les nerfs; des fibres le long desquelles le gaz déclenche une série de réactions biochimiques perturbatrices des informations qui se propagent sous forme de signaux électriques –à la base de l’électroencéphalogramme (EEG) qui enregistre l’activité électrique du cerveau jusqu’à leurs extrémités (dendrites) d’où se libèrent les neurotransmetteurs (molécules chimiques) chargés de les transmettre dans les zones de contacts (synapses) aux neurones voisins. C’est notamment le cas de la dopamine dont l’inhibition provoquée est responsable de troubles attentionnels, cognitifs (des facultés mentales) et psychomoteurs (lenteur des gestes, maladresse, désordre spatiotemporel) de la narcose.

    La hausse de CO2 (hypercapnie) produit par le métabolisme respiratoire à l’effort de palmage à contrecourant, ou généré par l’appréhension de la plongée profonde, joue un rôle potentialisateur dans le sens où il augmente la pression de perfusion cérébrale par son action vasodilatatrice sur les capillaires cérébraux qui, en quelque sorte, accroit la contamination des tissus nerveux par l’azote.


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    2 commentaires

    1. Très bien, au moins voilà quelqu’un qui n’a pas peur de dire que l’on peut ressentir la narcose à partir de 30 m. Ce qui pouvait nous arriver dans des plongées en eau très froide et turbide. Nous sommes loin des « Gros dur » qui, au milieu de plongeurs de loisirs et de donzelles effarouchées, clamaient ne sentir « la narcose qu’à partir de 80 m ! »

    2. Philippe la Verveine 02/02/2017 à 18 h 37 min

      Enfin une explication claire sur la narcose et son effet sur nos neurones, on est loin des explications fumeuses

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