Intérêt et limites des détecteurs de bulles Doppler

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Intérêt et limites

des détecteurs de bulles Doppler

La détection au Doppler (détecteur à ultrasons) des bulles à partir de 30μm dans le sang des plongeurs au sortir de leur plongée s’est révélée déterminante pour la révision des tables dans les années 1980-90. Aussi, pour tenir compte de la vitesse de remontée qui a été réduite de quasimoitié (9 à 12m /min) pour réduire les bulles à la décompression qui constituaient un risque à la remontée en pleine eau d’une plongée >35m ou avec palier; ralentissement qui a modifié leurs calculs en raison des tissus lents, tels les tissus adipeux qui stockent plus de 50% de l’azote dissout dans le corps, qui se chargent plus en azote pendant l’allongement de la remontée, augmentant l’azote résiduel d’une plongée qui majore la décompression sui­vante.

Si leur détection a également contribué à l’amé­lioration des algorithmes de nos ordinateurs, à commencer en 2002 par l’algorithme Bühlmann ZH-L8 patché ADT MB des ordinateurs Uwatec censés prendre en compte le niveau de microbulles (MB), on peut en revanche s’interroger sur l’intérêt des détecteurs à usage personnel pour les con­trôles après la plongée visant à estimer le risque d’accident de décompression, selon leurs promoteurs. D’autant que jusqu’à leur évolution récente (2017-2018), ces onéreux appareils (plus de 1000) nécessitaient un apprentissage (médecins com­pris…) pour vraiment estimer le degré de bulles à sa juste valeur (évalué d’un grade 0 à 4), et donc les risques, selon le niveau de bruit qu’elles génèrent à leur écoute au Doppler, non en mesure automatique, comme O’Dive aujourd’hui, avec une sonde qui se place au niveau de la veine sousclavière (sous les clavicules), plus dans la région précordiale à l’écoute brouil­lée par les bruits du cœur pour l’estimation des bulles2.

Car l’échelle de tolé­rance de 0 (pas de bulles) à 4 (un bouillonnement sévère couvrant les bruits du cœur), définie par Spencer (1974) ou de Kisman-Masurel KM (1978), plus compliquée, apparait toute relative pour estimer le risque d’après Sawatzky et Nishi (1990) sans autres marqueurs physiologiques, et face au constat que certains plongeurs bullent beaucoup plus que d’autres au sortir d’une même plongée, comme le montre le relevé cidessous, sans forcément encourir plus de risque.

Un dégazage important
pas forcément facteur d’ADD

L’expérience nous montre que le constat d’un flux important de bulles circulantes au sortir d’une plongée est insuffisant pour prendre compte du risque d’ADD encouru par le plongeur. Nous savons aujourd’hui qu’il existe d’autres éléments déclencheurs et des facteurs individuels (génétiques, biologiques) de vulnérabilité ou de résistance à l’accident de décompression com­me chez le rat1. Ainsi, certains plongeurs restent asymptomatiques malgré un grade de bulles élevé (4 dépassé), alors que d’autres encourent un risque sans forcément beaucoup de bulles à leur décompression, et même dans la courbe de sécurité –entendez sans paliers imposés d’une plon­gée. Cette forte variabilité interindividuelle est une difficulté pour l’estimation du niveau de bulles critique. et la personnalisation des profils de décompression pour réduire, dans les cas excessifs, le degré de bulles détectées lors des contrôles et donc, pour ainsi dire, la dangerosité de la décom­pression.

Pour évaluer l’adéquation
de la déco et l’optimiser au besoin

L’intérêt des détecteurs aujourd’hui est leur appairage, via un logiciel approprié, avec un ordinateur portable, un smartphone ou une tablette pour le calcul du risque relatif tenant compte également de la sévérité de la plongée et plus seulement du degré de bulles détectées, en analyse statistique; sévérité calculée sur la base des paramètres de la plongée (profondeur, temps au fond, nature du gaz respiré, successive ou non, durée de décompression…) que le logiciel nous demande d’entrer –ou en con­nexion bluetooth avec notre ordinateur de plongée via un plugin dédié pour exploiter le profil exact de la plongée afin d’évaluer les résultats des mesures à réaliser trente minutes, puis une heure après la plongée.

Les résultats permettent de suivre l’évolution du risque au fil des plongées quand il est jugé nécessaire d’ajuster le profil de décompression pour les effets escomptés sur la sécurité de nos plongées en adaptant les Gradient Factors (GF) de notre ordinateur, en optant pour un Nitrox de déco et /ou l’O2 aux paliers des plongées à l’air profondes, en variant le mélange fond Trimix, etc.

F.RENÉ

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1.LautridouJ, BuzzacottP, BelhommeM, DugrenotE, LafèreP, BalestraC, GuerreroF. Evidence of heritable determinants of decompression sickness in rats, Med Sci Sports Exerc. 2017.

2.HugonJ, MetelkinaA, BarbaudA, NishiR, BouakF, BlatteauJE, GemppE. Reliability of venous gas embolism detection in the subclavian area for decompression stress assessment following scuba diving, Diving Hyperb Med. 2018.

 

 

 

 

 

  • Article mis à jour le 30/08/2019
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    Un commentaire

    1. Souvenir d’un très talentueux échographiste investigateur au décours des accidents de plongée : les gars, faut tout revoir dans votre théorie ! Il s’amusait a rechercher la moindre bulle traversant le septum dans les 7 secondes comme demandé, mais voyait arriver un torrent à la douzième seconde au décours d’un passage pulmonaire particulièrement permissif ! Ce qui me laisse particulièrement perplexe, c’est la regression souvent rapidement spectaculaire (hélas pas toujours !) des accidents neurologiques lors des surpressions pulmonaires et la persistance, à croire que le lacher de bulles gazeuses est à l’origine des accidents, sans tenir compte des fortes modifications simplement physiques de l’eau + azote + graisse lors des fortes variations de pression. Ce qui ne veut pas dire que la bulle n’est pas un excellent indicateur sans être forcément la seule cause !

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