Risques du dégazage à la décompression

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Les risques du dégazage

de l’organisme à la remontée

La baisse de pression de l’air respiré durant la décompression (remontée) produit un déséquilibre avec le surplus d’azote –et d’hélium en plongée tri­mix que notre organisme a stocké durant la plongée, non seulement dans le sang (environ 8% de leur dissolution), mais aussi dans le liquide des cellules (cytoplasme) et de l’espace intercellulaire (interstitiel) de nos tissus où ils s’y dissolvent en quantité variable selon la durée de la plongée et la profondeur (la pression des gaz respirés). Pour rééquilibrer les choses, un important déstockage s’opère durant la remontée et un certain temps après la plongée, surtout durant les deux premières heures; déstockage au cours duquel l’azote/hélium se libère de nos tissus pour regagner la circulation sanguine qui l’évacue en moins de trente secondes vers nos poumons pour y être éliminé par la respiration. C’est au cours de son passage sanguin et de son évacuation qu’une partie reprend sa forme gazeuse (non plus dissoute) formant des bulles dans notre circulation quand nous remontons vers la surface

Phénomène connu depuis les années 70

Il a fallu attendre l’hypothèse de Albert R.Behnke, médecin au centre expérimental de plongée US Navy (NEDU), pour voir émerger en 1942 la notion de bulles asymp­tomatiques –autrement dites silencieu­ses (sans danger) se formant dans l’organis­me du plongeur lors de sa décompression. Des bulles dont l’existence fut d’ail­leurs confirmée au début des années 70 grâce au détecteur doppler mis au point par Merrill Spencer pour étudier ces phénomènes gazeux à l’Institut de physiologie appliquée et de médecine à Seattle (Washington). Depuis, il est admis que les noyaux gazeux coincés dans les anfractuosités de la paroi vasculaire sont les ger­mes de ces bulles alimentées par le surplus gazeux de nos tissus à la décompression (Yount, 1979)1. Ces poches grossissent jusqu’à 1 à 50μ (les globules rou­ges ont 7 à 8μ de diamètre) en se dilatant à la remontée (loi de BoyleMariotte) et en se gavant des gaz dissouts aux alentours (azote, hélium et CO2), jusqu’à leur décollement de la paroi sous la poussée d’Archimède qui les injecte dans le courant sanguin en direction des poumons d’où elles s’éliminent en grande partie.

La crainte de bouchons…

Les seuls risques sont les bouchons (embo­lies) qu’elles peuvent créer dans la circulation en grossissant à la décompression. D’où les arrêts qui nous sont demandés à un moment de la remontée pour prévenir, selon un temps d’élimination respiratoire du surplus calculé, les bouchons qu’elles risqueraient, sinon, de provoquer plus haut, déclenchant l’accident de décompression. C’est tout l’objet des paliers calculés par nos ordinateurs de plongée dont la profondeur affichée (3, 6, 9m, etc.) représente en fait le plafond de décompression que nous ne devons surtout pas franchir pendant toute leur durée –tout du moins sans dépasser les 3min de limite de tolérance, car sinon danger non la profondeur devant être absolument maintenue comme à l’époque des tables, tel que beaucoup de moniteurs nous l’enseignent toujours!

Il est également important de limiter sa vitesse de remontée en peine eau (verticale) d’une plongée profonde (> 35m) afin que la pression des gaz respirés ne s’abaisse pas trop vite pour limiter les encombrements circulatoires par les bulles qui n’auraient plus le temps de s’évacuer vers les poumons. Le risque de bouchon se présente quand nous remontons d’une plongée profonde en pleine eau sans vraiment ralentir à l’approche des 18m, bien avant la profondeur plafond de décompression, où nous devons compter pas moins de 6s/m. C’est toujours le défaut des remontées verticales que beaucoup de plongeurs ne corrigent pas à l’arrivée dans cette zone de profondeur pour absolument remonter plus lentement jusqu’aux paliers, sans faire biper leur ordinateur avertisseur du danger.

La survenue d’embolie dans les territoires vasculaires du système nerveux central (moelle épinière et cerveau) a souvent de graves conséquences. Cela en raison de la vulnérabilité des cellules nerveuses (les neurones) qui sont dépendantes de l’oxy­gène apporté par le sang, et de son élément nutritif: le glucose dont elles ne peuvent se priver plus de 6min, car sinon se détruisant de façon irréversible: elles meu­rent, se nécrosent, entrainant des déficits neurologiques variés, aussi bien cognitifs, moteurs, sensitifs que sensoriels (équilibre, audition…), associés à des atteintes sphinctériennes. Tout dépend de la zone médullaire ou du cerveau qui a été touché et des capacités d’interconnexion avec les cellules survivantes susceptibles de prendre le relai, de compenser les pertes, ce qui peut demander du temps avec la nécessité d’une rééducation pour que le cerveau se réorganise et ainsi récupérer.

Les zones nerveuses font toute la différence des autres territoires vasculaires de l’organisme qui peuvent être touchés. C’est le cas de l’épiderme dont les conséquences se traduisent seulement par de simples démangeaisons (des puces), ou des plaques rougeâtres (macules ou papules érythémateu­ses) qui, bien que spectaculaires dans certains cas (au niveau des épaules, sur le thorax, l’abdomen et ses flancs), restent bénins et disparaissent presque aussi spontanément que leur survenue pas aussi exceptionnelle que le laissent croire les médecins, car rarement déclarées par les plongeurs qui en sont fréquemment atteints (si, si…) pour ne pas susciter l’inquiétude de l’en­tourage novice dans le domaine.

… favorisés par l’hypercapnie
lors d’efforts à la décompression

À la différence du tropplein de gaz inerte (azote, hélium) qui génère des bulles dans notre circulation à la décompression, l’excédent d’oxygène dissout dans le plasma ne joue lui aucun rôle en étant consommé par la respiration cellulaire avant la libération de l’O2 combiné à l’hémoglobine (sa protéine de transport dans le sang) pour rétablir l’équilibre. Sa pression dans le sang veineux varie très peu tout au long de la remontée par rapport à la pression atmosphérique (PvO240mmHg).

Le gaz carbonique CO2 libéré par la respiration ne pose pas non plus de problème tant que la décompression se déroule sans effort. Sinon, comme c’est le cas de la remontée d’une profonde (> 35m) en palmage à contrecourant, l’excèdent de CO2 (hypercapnie) dissout dans sang est source d’alimentation des bulles circulantes d’azote/hélium générées à la décompression, provoquant leur grossissent pouvant faire obstacle à la circulation (d’embolie gazeuse) et donc facteur d’accident de décom­pression.

… et par les turbulences sanguines
dans le cœur qui s’emballe

S’ajoute le danger des turbulences avec le brassage du sang dans le cœur qui s’emballe à l’effort. Danger car, à l’image de la boisson gazeuse que nous secouons, les dépressions créées dans les zones de turbulence amplifient le dégazage par cavitation et frottements (tribonucléation) des valves cardiaques, et au niveau des bifurcations dans le système veineux. Seuls certains ordinateurs de plongée en tiennent compte en durcissant leurs calculs (= plus de palier) en cas d’efforts détectés au moyen de leur sonde placée sur la bouteille et d’un cardiofréquencemètre sur notre thorax pour mesurer les variations de notre consommation d’air et du rythme cardiaque.

Dégazage moins
important avec le nitrox

Le dégazage varie selon les gaz respirés dont il faut tenir compte à la décompression, comme le trimix qui impose des vitesses de remontée plus lentes (maximum 10m/min du fond jusqu’au premier palier) pour éviter un dégazage trop massif en raison de l’hélium qui s’élimine plus rapidement. À l’inverse, le nitrox à l’avantage de favoriser un dégazage moins important en raison de sa moindre teneur en azote (60 à 68% au lieu de 79%) qui limite sa quantité dissoute durant la plongée, et donc le bullage à la remontée. Beaucoup de plongeurs en ressentent les bénéfices par une moindre fatigue après la plongée, et par moins de paliers lorsqu’ils plongent avec un petit bloc nitrox 6L (pony) pour la décompression des plongées profondes à l’air prise en compte par leur ordinateur multigaz.

Le danger des bulles résiduelles

Le danger des bulles dans la circulation est qu’elles ne disparaissent pas totalement à l’issue des paliers, de la remontée. Bien au contraire à l’arrivée en surface, d’où prudence au sortir de la plongée. Quand on mesure le dégazage résiduel d’une plongée au doppler, on s’aperçoit que le dégazage de l’organisme ne cesse de croitre jusqu’à son maximum 30 à 40min après le retour en surface. C’est seulement après qu’il se réduit à l’image d’une boisson gazeuse qui reste pétillante quel­que temps après l’avoir débouché, plus du tout après un certain temps:3 à 4h chez le plongeur, et même plus au sortir des plongées trimix; une effervescence qui justifie le respect d’un intervalle de sécurité d’au moins 3h entre les plongées à l’air, et d’une seule plongée trimix par jour audelà de 70m.

Ces gaz résiduels d’une plongée sont facteurs de risque d’embolie dont on se prémunit en s’interdisant:

Tout effort au sortir de la plongée com­me soulever quelque chose de lourd, ainsi que toute activité physique intense, surtout dans les 2h qui suivent. Car l’effort est facteur d’embolie cérébrale (AVC) en amplifiant le dégazage de la plongée dans les turbulences sanguines du cœur qui s’emballe. Aussi, parce que nous risquons de forcer l’ouverture du FOP (shunt cardiaque chez plus d’un quart d’entrenous) qui provoque la migration emboligène de bulles vers le cerveau et la portion cervicale (haute) de la moelle épinière, ou par l’entremise de shunts ar­térioveineux pulmonaires, normalement non fonctionnels, qui s’ouvrent comme une soupape pour accélérer le débit sanguin à l’exercice in­tense.

Par prudence, il est demandé de s’en abstenir pendant 6h au décours d’une plongée à l’air, 12h aux mélanges –comme le stipule l’article10 du Code du travail des plongeurs professionnel car entrainant un dégazage résiduel qui dure plus longtemps au décours de ces plongées avec tous les ris­ques induits (montée en altitude, avion, efforts).

De se rendre dans une commune de montagne sans respecter un délai après une plongée en vallée comme au lac d’Annecy (450m), d’Aiguebelette (390m), du Bourget (230m), Léman (372m), ou à plus de 500m d’altitude après une plongée en mer: il faut attendre 2h après une plongée sans paliers, 4h si l’on souhaite monter audelà de 2600m, sinon compter 12h après plusieurs plongées ou avec palier(s). Autrement, le dégazage amplifié par la montée en altitude aussitôt après la plongée serait facteur de risque d’accident de décompression (d’embolie gazeuse dans le système vasculaire) aux symptômes d’autant plus sérieux que nous sommes en situation hypoxique en altitude, donc aggravante;

L’apnée dans les 4h qui suivent une plongée à l’air par crainte, discutée aujourd’hui, des bulles résiduelles qui, n’étant plus filtrées pendant l’apnée, seraient des germes de bulles plus grosses à la remontée en se chargeant de gaz à leur passage, surtout dans les tissus nerveux riches en gaz dissouts, laissant craindre une embolie cérébrale (AVC);

L’avion le jour de la plongée et même le lendemain quand les plongées se sont succédé plusieurs jours de suite. Cela en raison du danger de leur cabine pressurisée au décollage à 152m/min jusqu’à une altitude qui varie, selon les appareils, entre 1524m (840hPa) et un maximum autorisé de 2438m (750hPa) durant les vols qui s’effectuent à une altitude de croisière comprise entre 10000 et 12000m en longcourrier, entre 8000 et 10000m en vol intérieur. Haute altitude choisie en raison de la faible densité de l’air qui provoque moins de trainées –frottements réduisant la con­sommation de carburant, et augmentant la vitesse. Aussi en raison de l’absence de perturbations atmosphériques (vents forts, turbulences) audelà de 9000m.

La tentation est grande de vouloir profiter de la plongée jusqu’au dernier jour quand nous ne sommes pas conscients du danger de prendre l’avion sans respecter un délai afin de se prémunir du risque d’accident de décompression à cause les bulles résiduelles dans le système vasculaire. Plus d’une dizaine de cas sont recensés chaque année dans les aéroports mondiaux.

À la différence du Code du travail pour les scaphandriers de la mention A (travaux sous-marins) et les plongeurs professionnels qui prévoit 4h de délai avant de prendre l’avion après une plongée sans palier, 12h autrement, DAN (Divers AlertNetwork), l’organisme de recherche médicale sur la sécurité et d’assistance des plongeurs, appelle à la plus grande prudence des plongeurs loisirs. Il leur recommande un délai non pas de 4h mais 12h, sinon 18h après plusieurs plongées ou avec palier(s). Et de prévoir un break d’une journée sans plonger avant de prendre l’avion lorsque les plongées se sont succédé plusieurs jours de suite durant un séjour; un break que s’engagent à respecter les tours opérateurs plongée

F.RENÉ

_________

1.Selon leur période, il faut compter 2 à 3min pour éliminer seulement la moitié de l’azote respiré qui s’est dissout dans le sang durant la plongée, 4 à 18min dans le système nerveux (cerveau et moelle épinière), 20 à 40min dans la peau et les muscles, 120 à 240minet peut être plus dans les tissus les plus lents comme la moelle osseuse. 6 fois plus de temps pour son élimination quasi complète (98,4%).

  • Article mis à jour le 09/09/2017
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  • Risques du dégazage à la décompression
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  • Vos appréciations 
  • Des bulles obstacles à la circulation…

    C’est lors de leur passage sanguin au moment la décompression et de leur transport jusqu’aux poumons où ils s’éliminent par la respiration, qu’une partie des gaz dissouts dans l’organisme durant la plongée (l’azote de l’air respiré, l’hélium aux mélanges) reprend sa forme gazeuse responsable des bulles dans notre circulation sanguine à la remontée et au sortir de la plongée (surtout les deux premières heures). Leur danger est de faire obstacle à la circulation si elles sont trop nombreuses ou grossissent trop. C’est le risque quand nous remontons trop vite en pleine eau d’une plongée profonde (> 35m), sans ralentir à l’approche des 18m, bien avant l’arrivée à la profondeur plafond de décompression. Et lorsque ces haltes (paliers) ne sont pas suffisantes en nombre et en durée pour les évacuer suffisamment avant de remonter vers la surface.


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    Un commentaire

    1. Super livre et très bien réalisé. C’est un bonheur à parcourir

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