Conduite à tenir face à un accident de décompression

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Conduite à tenir face
à un accident de décompression

Comme l’em­bolie cérébrale consécutive à une surpression pulmonaire qui peut même survenir –surtout chez les jeu­nes plon­geurs en piscine, les si­gnes neurologiques et /ou cochléovestibulaires d’un acci­dent de décompression (ADD) sont des urgences médicales quelle que soit la gravité. Ces accidents nécessitent une prise en charge au caisson hyperbare de la région, non aux urgences de l’hôpital le plus proche, et le plus rapidement possible car le délai de traitement OHB (oxygénothérapie hyperbare) conditionne les chan­ces de récupération sans séquelles.

Il faut absolument que l’alerte soit donnée aussitôt la survenue des premiers symptô­mes:une intense fatigue, l’anxiété, l’engourdissement d’un bras, la faiblesse d’une jambe, ses tremblements, la sensation d’ankylose, des picotements, des maux de tête, la difficulté à parler, le manque d’équilibre, etc. Et ce, en même temps que le signal aux plongeurs pour interrompre leur plongée afin que le bateau puisse rapidement manœuvrer pour se rendre –sans hélico pour le treuilla­ge de la victime à bord au lieu d’accostage convenu avec le CROSS1 (les secours en mer que nous avons alertés par VHF ou téléphone porta­ble); lieu où la victime sera prise en charge par les sapeurs-pom­piers (véhicule VSAV), ou l’équipe SMUR dans les cas les plus graves, et pour son transport vers le caisson.


Oxygénothérapie et l’eau
que la victime est encouragée à boire

Pendant ce temps, il faut placer le plongeur sous oxygène à 15L/min pour limiter l’aggravation des symptômes; plongeur dont on a retiré la combinaison, que l’on a séché dans la mesure du possible, et enveloppé dans une couverture isothermique pour qu’il ne se refroidisse pas le temps de rejoindre les secours. On lui remettra également une bouteille d’eau que l’on encouragera à boire, sauf en cas de nausées et /ou de vomissements, à raison d’1L en fractionnant les prises en 1h. L’eau plate est un élément très important de traitement de ces accidents du fait de la viscosité sanguine consécutive à la chasse d’eau vers la vessie (d’où l’envie d’uriner) pendant la plongée: le phénomène de diurèse qui entrave l’évacuation des bulles responsables de l’accident (em­bolie). Une mauvaise fluidité sanguine qu’il faut à tout prix corriger en réhydratant la victime, au besoin en remplissage vasculaire intraveineux que les secours effectueront. D’autant qu’elle s’aggrave par les bulles coincées dont les frottements finissent par créer des brèches sur la paroi des vaisseaux qui entrainent des fuites du plasma dans les tissus nerveux voisins. Ce qui est la première cause d’aggravation neurologique par la compression des tissus qui gonflent (œdème) en se gorgeant du liquide sanguin (d’eau à 90%).

L’invitation à prendre un cachet d’Aspirine (un seul cachet de 500mg pour un adulte et l’enfant de plus de 10ans) reste optionnelle au traitement de ces accidents, car ses bénéfices supposés limiter les agrégats plaquettaires qui renforcent les bulles bouchons intravasculaires, sont aujourd’hui controversés. Sa prescription, facultative dans les 30min qui suivent l’accident, fait toute la différence avec la bouteille d’eau qui revêt une importance aussi capitale que l’oxygénothérapie pour le plongeur victime d’un accident de décompression installé en position demiassise, dans sa couverture isotherme. L’eau non sucrée (les sodas peuvent aggraver les atteintes neurologiques) est ce qu’il y a de mieux pour le réhydrater.

L’oxygène administré à haut débit (15L/min) est capital en arrivant à se diffuser, grâce au surplus qui se dissout dans le plasma sanguin, dans les territoires qui en sont autrement privés (ischémiés) en raison de ses transporteurs –les hématies (nos globules rouges) bloqués par les bulles coincées dans la circulation. Atten­tion! toutefois au piège de la régression, voire de la disparition des signes cliniques au cours de l’oxygénothérapie, comme cela se produit dans ¼ des cas: ce n’est qu’un leurre car il y a toujours blocage de la circulation où l’embolie s’est produite. Il n’est donc pas question de s’en satisfaire pour justifier un arrêt de l’oxygénothérapie en estimant que la personne s’est rétablie. Il ne faut surtout pas l’interrompre devant la rémission des symptômes pour ne pas entrainer une aggravation par effet rebond, le temps d’évacuation vers un centre hyperbare pour faire sauter les bouchons responsables (les bul­les coincées).

Les secours :  « Où, la plongée,
les symptômes, les soins effectués ? »

Devant les signes annonciateurs d’un accident de décompression, l’alerte doit être donnée en utilisant la VHF à bord du bateau (le canal16 ou 70 en appel sélectif), ou notre téléphone portable (le196) pour contacter le CROSS1 près des côtes ou depuis le littoral. Sinon le SAMU (le 15) devant l’urgence médicale telle que l’ADD en lac ou en carrière. En cas de retard pour alerter les secours, la responsabilité pénale du directeur de plongée peut être engagée pour mise en danger de la vie d’autrui par négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement (le Code du sport, NDLR) (art. 221‑6 du Code  pénal).

Capté par l’une des 47 stations radio réparties sur le littoral, l’appel est immédiatement relayé au CROSS où, conformément à une procédure nationale parfaitement rodée pour le recueil des informations relatives aux accidents de plongée, se basant sur un questionnaire spécialement élaboré (ci‑des­sous), le chef de quart nous deman­dera: la position du bateau, le point de débarquement possible de la victime, le délai estimé, les paramètres de plongée, le mélange utilisé (air, nitrox ou trimix), ce qui semble à l’origine de l’accident, quels sont les symptômes et les soins effectués (l’oxygène à quel débit, le volume d’eau bu, etc.). Puis nous mettra en communication avec le médecin régulateur du SCMM (SAMU de coordination médicale maritime) qui nous interrogera pour décider de la prise en charge la plus adaptée:

une équipe SMUR s’il s’agit d’une urgence vitale devant toute symptomatologie cardiorespiratoire;

un véhicule de secours VSAV des pompiers à l’arrivée du bateau, au lieu d’accostage convenu, pour transférer la victime vers le centre hyperbare à moins de 30min, sinon vers l’hélicoptère posé sur un terrain à proximité ou sur la DZ (l’hélisurface) de l’hôpital voisin;

l’hélitreuillage en mer en cas de bateau non manœuvrant (les plongeurs n’ont pas tous été récupérés), à plus de 25min d’un lieu d’accostage, ou s’il y a une décision de médicalisation urgente;

… et, selon la nature de l’accident, vers quel centre hospitalier la victime doit être éva­cuée:au caisson qu’il a contacté pour le traitement de l’accidenté devant les symptômes pulmonaires (œdème ou surpression pulmonaire avec risque d’embolie cérébrale?), d’un bend, d’un ADD cérébral, médullaire ou d’un syndrome cochléo-vestibulaire; aux urgences de l’hôpital le plus proche dans les autres cas.

Fiche d’évacuation
à remplir pour les secours

Indépendamment des informations communiquées aux secours par VHF ou téléphone, il est important de les consigner avec l’identité de la victime sur la Fiche d’évacuation de plongeur prévue à leur attention; fiche que nous avons obligatoirement à notre disposition à bord du bateau ou sur le site de plongée (art.A 322‑78).

Conformément au modèle extrait de l’annexe  III‑19 du Code du sport, tel que la fiche d’alerte‑évacuation MEDSUBHYP destinée aux plongeurs, elle a pour objet de renseigner l’équipe chargée de l’évacuation, et le service hyperbare de l’hôpital où sera pris en charge de plongeur, sur le bilan fonctionnel des suites de son accident, les circonstances de sa survenue (les paramètres de plongée), l’heure d’apparition des premiers signes, et les premiers soins d’urgence qui lui ont été prodigués: l’eau (volume……ml), l’oxygène (débit……l/min), l’Aspirine (dose……mg) en l’absence d’allergie ou de saignement, etc.

F.RENÉ

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1.Le centre régional des secours à Jobourg pour la zone couvrant la Manche centrale, de la baie du Mont Saint‑Michel au Cap d’Antifer, Corsen du Mont Saint‑Michel à la pointe de Penmarch, Étel de la pointe de Penmarch à frontière espagnole (Atlantique), et à La Garde pour la méditerranée secondé par Ajaccio la journée. S’ajoutent celui de la Réunion pour l’océan Indien, et de Fort‑de‑France pour les Antilles et la Guyane.

  • Article mis à jour le 16/10/2018
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  • Conduite à tenir face à un accident de décompression
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  • Vos appréciations 
  • Intérêt controversé de l’ASPIRINE

    L’aspirine est rentrée dans les habitudes en France alors que les études peinent à montrer un bénéfice dans le traitement des embolies gazeuses produites par les accidents de décompression et les barotraumatismes pulmonaires. En bloquant l’agent qui active leur agrégation et aussi puissant vasoconstricteur, il est supposé limiter les conséquences nuisibles pour la circulation des agrégats plaquettaires autour des bulles coincées qui subsistent après leur disparition. Mais comme il n’existe aucun argument fort démontrant un réel bénéfice, sa prescription est passée de mode en France pour le traitement de ces accidents. Chacun est libre aujourd’hui d’en proposer ou pas à la victime en procédure d’urgence avec l’eau à boire abondamment.


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