Les accidents de décompression de l’oreille

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Les accidents de décompression
de l’oreille interne

Les atteintes de l’oreille interne représentent une part importante des accidents de décompression en plongée loisir:20 à 25%. Ils sont favorisés par les exercices de remontée, d’assistance et de sauvetage à cause du dégazage s’amplifiant à force de faire le yoyo (la répétition des remontées  /descentes). Aussi quand nous décidons de redescendre alors que nous sommes en pleine décompression d’une plongée profonde >35mau moment du dégazage de l’or­ganisme à la remontée ou aux pa­liers à l’idée d’aller voir quel­que chose en dessous, et quand il est question de se réimmerger au sortir de la plongée pour dégager l’ancre ‘enraguée’ (coincée) dans un fond rocheux. Le risque n’est pas la redescente en ellemême, mais le Valsalva qui, en raison du shunt cardiaque FOP décelé dans 82% de ces accidents, provoque un brutal passage des bulles dans la circulation menant, par les carotides et les artères vertébrales, à l’encéphale comprenant le cerveau, le cervelet et le tronc cérébral; des bulles dont le grossissement, en s’alimentant de l’azote résiduel à leurs passages dans les tissus nerveux, est source d’embolie gazeuse (de bou­chon) créant l’ADD dans les territoires vasculaires du cerveau, ainsi qu’au niveau:

du tronc cérébral (la partie qui relie le cerveau à la moelle épinière) où l’embolie déclenche une faiblesse ou la paralysie des membres supérieurs ou inférieurs, qui peut tout autant affecter les muscles de la face, les mouvements des yeux et de la bouche. Elle est responsable de troubles de la vision chez leurs victimes qui voient flou subitement ou plus du tout pendant quelque temps, et qui éprouvent des difficultés d’élocution (on parle de dysarthrie) les empêchant de parler quelques fois;

du cervelet qui assure la bonne coordination et la précision de notre activité motrice. Son atteinte entraine une marche titubante avec des embardées, les bras écartés, par déficience de la coordination motrice à l’équilibre, et l’incapacité à rester debout les pieds joints, ou assis immobile;

de l’oreille interne comme c’est plus sou­vent le cas, affectant beaucoup plus la partie de l’équilibre (portion vestibulaire de l’organe) que l’audition (cochléaire) chez leurs victimes. Seulement 40% présentent également un certain degré de surdité. Elle constitue une cible privilégiée en raison de sa vascularisation terminale sans suppléance possible (d’anastomose: de déviation) en cas d’accident vasculaire provoqué par les bulles. Il n’est plus certain que le dégazage dans son milieu liquide (endolymphe), où baignent les cellules ciliées sensibles aux mouvements de la tête (pour l’équilibre) et aux vibrations sonores (l’audition), en soit l’élément destructeur comme il est souvent évoqué.

Ne touchent que l’équilibre
dans la majorité des cas

L’atteinte vestibulaire entraine un grand vertige rotatoire: tout se met à tourner autour de la victime incapable de marcher droit et se tenir debout sans prendre appui sur quelque chose. La déficience auditive qui peut s’associer (sensation d’une oreille bouchée, sifflements, bourdonnements per­manents) ne survient qu’en arrièreplan, le devant de la scène restant toujours dominé par les vertiges.

Les symptômes surviennent le plus souvent au sortir de l’eau avec un tableau clinique d’emblée brutal: des vertiges rotatoires de durée variable, mais vifs que les mouvements de la tête accentuent au plus haut degré, occasionnant des pertes d’équilibre qui rendent la station debout et la marche impossible (chute), avec nausées et vomissements importants. Mais attention! à ne pas confondre avec le mal de mer lorsque les conditions météo s’y prêtent, à la différence qu’ici les troubles s’accompagnent du battement d’un l’œil (nystagmus) dans le regard qui est animé de secousses rapides.

Il s’agit d’une urgence nécessitant une prise en charge en oxygénothérapie hyperbare (OHB) dans les plus brefs délais. Un traitement médical adjuvant à base de corticoïdes est souhaitable pour réduire l’œdème inflammatoire, et de dextran à faible poids moléculaire pour améliorer la microcirculation en diminuant la viscosité sanguine.

Lente récupération sans séquelles
sauf la déficience auditive

Malgré l’accès précoce au caisson (en moins de 3h) pour le traitement hyperbare, et l’oxygénothérapie associée à une réhydratation d’1litre en premier secours, on ne peut s’attendre à une récupération complète dans les jours qui suivent, surtout de l’audition qui laisse souvent des séquelles (surdité restant prédominante dans les graves et /ou les aigus) avec des acouphènes intermittents dans la moi­tié des cas.

Passé le cap d’une marche à peu près rectiligne et sans appui à J + 5, le retour à la normale peut demander plusieurs semaines, voire plusieurs mois de rééducation chez un kiné spécialisé en rééducation vestibulaire. Elle vise à stimuler la compensation centrale du déficit vestibulaire par le cervelet et les noyaux vestibulaires situés dans le tronc cérébral qui gèrent notre équilibre également avec la vision, les afférences cutanées plantaires et la proprioception par les mécanorécepteurs de nos muscles, tendons et articulations qui renseignent sur la position des diverses parties du corps.

C’est ainsi que nos béquilles visuelles et proprioceptives parviennent à suppléer le déficit vestibulaire; béquilles sans lesquelles la mar­che reste incertaine, voire impossible, tout comme le demitour sans chute dans l’obscurité, et le maintien de la station debout pieds joints en aveu­gle. Ce qui, bien entendu, ne présage en rien de l’aptitude à la reprise de la plongée en raison de la diminution des afférences visuelles sous l’eau qui peuvent gravement handicaper le plongeur alors soumis à des vertiges en n’ayant plus le secours de ses béquilles visuelles et des repaires dans l’obscurité, le bleu ou dans la turbidité de l’eau, pour palier au déficit vestibulaire.

L’intégrité de l’appareil vestibulaire restant primordiale pour le plongeur, non la suffisance d’une compensation centrale pour les raisons que nous venons d’évoquer, justifie l’examen vidéonystagmographique VNG pour statuer sur son aptitude à reprendre la plongée à la suite de l’accident dont il semble remis. L’examen chez l’ORL, qui dure environ 30-45min, con­siste à enregistrer les mouvements oculaires induits par différents tests dans l’obscurité, à l’aide d’un masque doté d’une caméra infrarouge, pour détecter les nystagmus évoquant un déficit vestibulaire résiduel qui contre indiquerait la plongée si beaucoup trop important (supérieur ou égal à 50%)

F.RENÉ
  • Article mis à jour le 25/10/2019
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  • Les accidents de décompression de l’oreille
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    Un commentaire

    1. Description particulièrement complète et intéressante des mécanismes de l’ADD de l’oreilles
      Causes, conséquences, symptômes, prévention. Passionnant…

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