Les accidents de décompression de l’oreille

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Les accidents de décompression
de l’oreille interne

Les atteintes de l’oreille interne représentent une part importante des accidents de décompression (ADD) en plongée loisir:20 à 25%. Ils sont favorisés par les exercices yoyo de remontée, d’assistance et de sauvetage, à cause du dégazage s’amplifiant avec la répétition des remontées  /descentes. Aussi quand nous décidons de redescendre alors que nous sommes en pleine décompression (à la remontée, aux pa­liers) d’une plongée profonde (> 35m)c’est-àdire au moment du dégazage de l’or­ganisme à l’idée d’aller voir quel­que chose en dessous, ou après notre retour en surface pour dégager l’ancre ‘enraguée’ (coincée) dans un fond rocheux. Le risque n’est pas la redescente en elle-même, mais le Valsalva qui, en raison du shunt cardiaque (le FOP) chez un peu plus d’un quart d’entre nous et décelé dans 77% des accidents, provoque un brutal passage des bulles dans la circulation menant au cerveau par ses carotides et les artères vertébrales qui irriguent le tronc cérébral et le cervelet; des bulles dont le grossissement lors de leur passage cérébral, en s’alimentant de l’azote résiduel en quantité importante dans les lipides du tissu nerveux (car très soluble dans les graisses), est source de bou­chon (d’embolie gazeuse créant l’ADD) dans les territoires vasculaires cérébraux, ainsi qu’au niveau:

du tronc cérébral (la partie qui relie le cerveau à la moelle épinière) où l’embolie déclenche une faiblesse ou la paralysie des bras ou des jambes, qui peut tout autant affecter les muscles de la face, les mouvements des yeux et de la bouche. Elle est aussi responsable de troubles de la vision chez le plongeur qui voit flou subitement ou plus du tout pendant quelque temps, et de ses difficultés d’élocution (on parle de dysarthrie), l’empêchant même parfois de parler au sortir de la plongée;

du cervelet qui assure la bonne coordination et la précision de notre activité motrice. Son atteinte entraine une marche titubante avec des embardées, les bras écartés, par déficience de la coordination motrice à l’équilibre, et l’incapacité à rester debout, les pieds joints, ou assis immobile;

de l’oreille interne comme c’est plus sou­vent le cas, affectant beaucoup plus la partie de l’équilibre (portion vestibulaire de l’organe) que l’audition (cochléaire). L’embolie dans une des branches de l’artère qui l’irrigue (l’artère auditive interne) sans suppléance possible (sans anastomose: de déviation en cas de vaisseau qui se bou­che) reste l’hypothèse privilégiée de ses atteintes affectant surtout l’équilibre lors d’accident de décompression. Il n’est plus certain que le dégazage dans son milieu liquide (endolymphe), où baignent les cellules ciliées sensibles aux mouvements de la tête (pour l’équilibre) et aux vibrations sonores (l’audition), en soit à l’origine comme élément destructeur.

Ne touchent que l’équilibre
dans la majorité des cas

Les ADD de l’oreille interne sont latéralisés du côté droit dans 80% des cas. L’atteinte purement vestibulaire s’observe dans ¾ des cas, entrainant un grand vertige rotatoire: tout se met à tourner autour de la victime incapable de marcher droit et se tenir debout sans prendre appui sur quelque chose. La déficience auditive qui peut s’associer (sensation d’une oreille bouchée, sifflements, bourdonnements per­manents) ne survient qu’en arrièreplan, le devant de la scène restant toujours dominé par les vertiges.

Les premières manifestations des troubles vestibulaires peuvent survenir aux paliers. Mais le plus souvent au sortir de l’eau avec un tableau clinique d’emblée brutal: des vertiges rotatoires de durée variable, mais vifs que les mouvements de la tête accentuent au plus haut degré, occasionnant des pertes d’équilibre qui rendent la station debout et la marche impossible (chute du côté de la lésion), avec nausées et vomissements importants. Mais attention! à ne pas confondre avec le mal de mer lorsque les conditions météo s’y prêtent, à la différence qu’ici les troubles s’accompagnent du battement d’un l’œil (nystagmus) dans le regard qui est animé de secousses rapides.

Lente récupération sans séquelles
sauf la déficience auditive

Malgré l’accès précoce au caisson (en moins de 3h) pour le traitement hyperbare, et l’oxygénothérapie associée à une réhydratation d’1litre dans l’attente, on ne peut s’attendre à une récupération complète de l’équilibre ou de l’audition. Passé le cap d’une marche à peu près rectiligne et sans appui à J + 5, le retour à la normale peut demander plusieurs semaines, voire plusieurs mois de rééducation chez un kiné spécialisé en rééducation vestibulaire. Elle vise à stimuler la compensation centrale du déficit vestibulaire par le cervelet et les noyaux vestibulaires du tronc cérébral: les parties du système nerveux qui gèrent notre posture et équilibre avec la vision, la proprioception (par les mécanorécepteurs de nos muscles, tendons et articulations qui renseignent sur la position des diverses parties du corps) et les afférences cutanées plantaires. Ainsi, nous parvenons à suppléer le déficit vestibulaire avec nos béquilles visuelles et proprioceptives sans lesquelles la marche reste incertaine, voire impossible, tout comme le demitour sans chute dans l’obscurité, et le maintien de la station debout en aveu­gle, pieds joints.

Si les troubles de l’équilibre finissent ainsi par disparaitre, la récupération auditive reste quant à elle souvent incomplète (surdité restant prédominante dans les graves et /ou les aigus) avec des acouphènes résiduels, par intermittence, dans 50% des cas. Mais attention! Le retour à l’équilibre à la suite de ces accidents ne présage en rien de l’aptitude à la reprise de la plongée. Ceci en raison de la diminution des afférences visuelles sous l’eau qui peuvent gravement handicaper le plongeur n’ayant plus le secours de son système d’équilibration défaillant, car déclencheur de vertiges en l’absence de repaires visuels, tels que dans l’obscurité, le bleu, la turbidité de l’eau en carrière, d’une gravière, etc.

L’intégrité de l’appareil vestibulaire restant primordiale pour le plongeur, non la suffisance d’une compensation centrale, pour les raisons que nous venons d’évoquer, justifie l’examen vidéonystagmographique (VNG) pour statuer sur son aptitude à reprendre la plongée à la suite de l’accident dont il semble remis. L’examen chez l’ORL, qui dure environ 30-45min, con­siste à enregistrer les mouvements oculaires induits par différents tests dans l’obscurité, à l’aide d’un masque doté d’une caméra infrarouge, pour détecter les nystagmus évoquant un déficit vestibulaire résiduel qui contre indiquerait la plongée si beaucoup trop important (supérieur ou égal à 50%)

F.RENÉ
  • Article mis à jour le 29/12/2017
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    Un commentaire

    1. Description particulièrement complète et intéressante des mécanismes de l’ADD de l’oreilles
      Causes, conséquences, symptômes, prévention. Passionnant…

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